Programmé dans le cadre du festival Assalamalekoum Ciné Droit Libre, le film « les dix derniers jours de Blaise Compaoré » a été censuré à Nouakchott. Il devait se tenir ce lundi 3 juillet dans l’un des amphithéâtres de la faculté de droit de l’université de Nouakchott. Déçus mais pas résignés, les organisateurs ont trouvé le moyen de maintenir la projection du film, ailleurs.

La ville de Nouakchott vit depuis quelques jours de la dixième édition d’Assalamalekoum Festival. Pour ses dix ans, Assalamalekoulm apporte une série d’activités inédites. Parmi elles, figure la déclinaison nouakchottoise de Ciné Droit Libre. Le festival qui promeut la liberté d’expression et les droits de l’homme a débuté il y a cinq jours (29 juin) et prend fin ce lundi 3 juillet.

A l’université

Pour clôturer les soirées de projections suivies de débats, les organisateurs d’Assalamalekoum Ciné Droit Libre en collaboration avec le Syndicat National des Etudiants de Mauritanie (SNEM), avait choisi de déposer leurs bagages l’Université de Nouakchott. C’était  sans compter sur la méfiance et la capacité des autorités universitaires à changer d’avis.

Des couacs

Selon un syndicaliste étudiant, c’est à une heure du début de la projection que les choses ont commencé à se corser. La « salle accordée auparavant » n’est pas disponible. «L’activité n’est pas autorisée, aucun motif n’a été invoqué par l’administration » indique t-il. L’étape la plus importante d’Assalamalekoum Ciné Droit Libre sera t-elle annulée? Non, finalement.

Déterminé tout de même à respecter son engagement à tenir l’activité à l’université, le SNEM parviendra à obtenir un amphithéâtre poussiéreux, chaud comme le four d’une boulangerie et à moitié pleine. A moitié pleine parce que la porte d’entrée de l’annexe de la faculté des sciences juridiques est cadenassée. D’ailleurs à notre arrivée, le gardien, lorgne d’un œil. Il nous accueille avec un « qu’est ce que vous faites ici ». Nous arriverons à entrée suite à l’intervention d’un membre du SNEM.

Ba Mamadou Kalidou, OUT !

La seconde étape qui devait conduire à entraver la projection du film « la chute de Blaise Compaoré », est sans doute le départ du professeur Ba Mamadou Kalidou. Ce dernier devait animer le débat qui devait faire suite à la projection du film. Il quittera la salle contraint, par sa hiérarchie.

Négociation

Plus ou moins résignés, étudiants et organisateurs de Ciné Droit Libre ont négocié une « projection sans débat ». Ceci accepté « à demi mots par le secrétaire générale de la faculté », ne va pas durer longtemps. En effet, après les premières parties assurées par  des films locaux, les choses se sont corsées. A peine les premières minutes du film sont passées avant que l’électricité ne se coupe.

Extinction des feux

« C’est eux, c’est volontaire, c’est l’administration » souligne un syndicaliste étudiant. L’hypothèse sera confirmée par le fait que toutes les salles autour étaient alimentées en électricité, sauf l’amphithéâtre  où cinéphiles et promoteurs de droits humains étaient réunis. D’ailleurs selon un étudiant, la « coupure a eu lieu juste après le départ du SG ». « Non, il n’y est pour rien, il exécute les ordres », rétorque un autre.


« Résistance »

Image de la projection du FIlm « une révolution africain ». Crédit Photo Amadou SY – LEREFLET.NET

Quelques longues minutes d’abattement ont suivi cette action « indigne », avant que les organisateurs ne retombent sur leurs jambes. Il sera décidé de délocaliser la projection du film au siège d’Assalamalekoum Cultures, dans la foulée. Vingt minutes auront suffit pour que la cour du siège soit prise d’assaut par le public venu regarder ce qu’on les a empêché de voir dans le temple du « savoir ».

La projection a eu lieu

Plus d’une heure durant (1h20mn), les jeunes qui ont fait le déplacement ont dévoré des yeux le film qui retrace la chute de Blaise Compaoré. Blaise, qui avait régné sans partage sur le Burkina pendant 27 ans, a été balayé par le peuple, quand il a tenté de tripatouiller la constitution pour se maintenir au pouvoir.

A la fin de la projection, l’expérience burkinabè semble avoir impressionné plus d’un. On retient des champs lexicaux : Droit de l’Homme et Liberté d’expression » qui résument les objectifs de ce festival.

Colère du SNEM

Pour le SNEM, « les autorités craignent à tort, une contagion ». De plus, les syndicalistes dénoncent « une pratique d’un autre temps » qui jette le discrédit sur l’université et le pays tout entier par extension. Du côté des organisateurs prêts à toute éventualité, c’est la joie malgré tout. « Le pari a été tenu… oui, on l’a fait » crie l’un d’eux.

Rappelons que le festival Ciné Droit Libre se tient pour la première fois à Nouakchott. Organisé en collaboration avec Assalamalekoum, il a pour objectif de promouvoir les droits de l’homme et la liberté d’expression. Comme le disait Monza, « l’heure est venue de délier les langues ». Assalamekoum Ciné Droit Libre, c’est fini. Rendez-vous l’année prochaine.

 

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