De Penda Sogué à Kadiata Sow : la banalisation du viol et de l’assassinat au cœur d’une république islamique (Adi)…

Penda Sogué, 20 ans, violée, mutilée, les yeux arrachés, un couteau planté dans le visage jusqu’à la nuque, mars 2013 à Tarhil, Kadji Touré, 6ans, violée et tuée, jetée sur une plage, octobre 2013 à Kouvé, Zineb mint Abdellahi, 10ans, violée et immolée par le feu, elle succombe à ses blessures, décembre 2014 à Arafat, Roughya mint Ahmed, 8ans, violée et pendue, février 2016 à Arafat, Zeinabou, 15 ans, violée et malmenée à Arafat, aout 2017(liste non exhaustive des femmes et fillettes violées et assassinées par le passé), et hier 12 avril 2020, Kadiata Sow, la trentaine, portée disparue depuis le 25 mars, est retrouvée assassinée après avoir été probablement violée aux environs de Tiguent.

Si tous ces viols accompagnés d’assassinats atroces d’une rare violence dépassant toutes les proportions de l’entendement humain, ne suffisent pas aux yeux d’un homme pour dire qu’il y a négligence – pour ne pas dire complicité voire encouragement – de la part des autorités quant à la protection des femmes et des petites filles, ce que ce dernier est aussi dangereux que le coronavirus.

Rien n’a été fait depuis Penda Sogué

Depuis Penda Sogué, qui n’est certainement pas la première ni la deuxième victime de viol suivi d’assassinat, elle est seulement l’exemple parfait pour évoquer ce phénomène qui devient un style de vie maintenant à cause du laisser aller qui prévaut, qu’est ce qui a été fait par nos autorités ? Sur les plans sécuritaire, juridique, éducatif. Rien. Au contraire, on participe même à parsemer le chemin d’embûches devant des citoyens qui ne demandent qu’à contribuer à la tranquillité et à la sécurité de leurs concitoyens. C’est ainsi qu’on refusera de collaborer avec les développeurs de « Taxi secure » en leur fournissant les données disponibles sur les taxis.

Rien n’a été fait sinon que de viol en viol, d’assassinat en assassinat on met quelques policiers sur les traces des criminels. Si par hasard les coupables sont arrêtés, ils sont jugés et emprisonnés ou libérés après un arrangement à l’amiable entre parents des violeurs et ceux de la violée. Ce qui est un autre problème du problème si je puis m’exprimer ainsi. Rien n’a été fait ; au tribunal, la victime devient toujours le coupable (zina). Rien n’a été fait ; on est toujours libre (les mariés comme les non mariés) de faire plein d’enfants et les laisser traîner dans la rue sans éducation, qui deviennent par la suite des potentiels criminels sans pitié.

Les femmes sont triplement violées
En Mauritanie, derrière une femme violée et assassinée c’est certes un homme qui se cache mais derrière celui-ci se cachent toute une société et toute une république. Les femmes n’ont jamais cessé d’être violées. D’abord par la société qui ne cesse de leur rappeler leur statut de femme, d’être faible mais qui surtout doit toujours voir l’homme comme un demi dieu au point de ne rien faire par elle-même et pour elle-même mais toujours compter sur « son demi dieu ». Ensuite par un homme devenu violeur parce que ni ceux qui l’ont mis au monde ni l’Etat ne se sont préoccupés entre temps de son éducation et de son intégration sociale. Et enfin par l’Etat, encore une fois, qui ne semble toujours pas se soucier de la mise en place d’un arsenal sécuritaire et juridique protégeant la femme aussi ; au contraire les lois existantes enfoncent davantage la femme.

L’assassinat de Kadiata Sow est une autre occasion de remettre sur la table la problématique des violences faites aux femmes et aux fillettes. Des violences qui deviennent de plus en plus fréquentes si bien qu’elles paraissent banales. Elles n’émeuvent plus beaucoup de gens. Depuis peu, le viol seul ne suffit plus à faire réagir. Chi adi. Commis par des « religieux » et des pères de familles sur leurs propres filles. Il faut qu’il soit accompagné de la mort. Et quelle mort ? Une mort atroce où en plus des coups de chair des coups de couteau ou tout autre instrument du genre se retrouvent dans les parties génitales et sur toutes les autres parties du corps de la femme fini déchiqueté par des sadiques.

Plus que la violence, c’est le meurtre qui devient banal

Mais au-delà de cette question de violence faites aux femmes et aux fillettes, ce qui inquiète le plus c’est qu’on tend vers une banalisation de l’assassinat s’il ne l’est pas déjà, au cœur d’une république islamique tant-il est présent dans les lignes de nos journalistes. Pas un mois ne passe sans qu’il ne soit question d’assassinat ou de tentative de meurtre à coup de poignard, de pistolet, de gourdin… Ces trois dernières années ont été particulièrement marquées par la criminalité. Et nul ne peut nous dire que les victimes étaient des trainards (ce qui est d’ailleurs une manière stupide de justifier une agression ou un meurtre). Du professeur Cheikh ould Hormatallah en mai 2018 en passant par Ould Berrou en mars 2019, à Kadiata Sow en avril 2020.

Les autorités au lieu d’être dans la prévention sont toujours dans la logique de médecin après la mort : Courir après les criminels ; souvent les mêmes personnes relâchées par la justice avant l’heure. Des fois et comme par hasard la police ne parvient jamais à mettre la main sur les coupables. On se pose toujours des questions sur le meurtre sans doute planifié de l’un des juristes mauritaniens le plus brillant de sa génération, l’avocat Ould Hormatallah.

Qui est la solution ?
A quand la fin de ce cauchemar dont les femmes, les fillettes et tous les paisibles citoyens cherchent à se réveiller depuis bien des années ? Une chose est sûre est qu’on ne peut pas trop compter sur nos gouvernants si on ne les bouscule pas. Les propos d’un porte-parole du gouvernement de l’année passée (En réalité en Mauritanie avec le pouvoir militaire il n’y a jamais eu vraiment de différence entre les gouvernements) sont encore très frais dans nos mémoires. Qui, interpellé sur l’insécurité à Nouakchott, n’a pas trouvé mieux comme réponse que c’est dû au fait que « Nouakchott grandit jour après jour horizontalement», que « comparé à la situation dans les capitales comme Paris, Washington ou Moscou, entre autre, Nouakchott est somme toute dans une bien meilleure situation » et que d’ailleurs de toutes les façons les criminels sont poursuivis, appréhendés et présentés à la justice.

Comprenons :
Aujourd’hui, Nouakchott échappe au contrôle de l’Etat ou l’Etat est incapable ou plutôt ne se fiche pas d’assurer la sécurité à toute la population nouakchottoise notamment celles des quartiers périphériques. Ce qui est une vérité certaine. Aujourd’hui en plein en couvre feu, des agressions et des cambriolages des magasins sont enregistrés presque chaque jour dans ces banlieues.

Tant qu’il y a des crimes chez les autres, en Mauritanie on continuera de voir cela comme une situation normale. Sauf que là on oublie de souligner qu’il n y a pas que cela dans les villes citées. Si on veut vraiment mettre Nouakchott dans le même rang que ces villes. Les autorités se contenteront de faire le constat.

Boubou Yatou Thiam