Baisser de rideaux pour la cinquième édition du concours international de plaidoiries pour les droits de l’homme, qui s’est déroulé ce mercredi 6 décembre 2017 à Nouakchott. Sur les huit avocats candidats, trois ont eu les faveurs du jury. Le français Me Julien MARTIN est le lauréat de cette édition. Il est suivi par les tchadiens Me Mog Nan KEMBETIA et Me Garandi LEGA IBRAHIM, respectivement 2e et 3e de la compétition.

Ce mercredi 6 décembre 2017, la grande salle d’audience du Palais de Justice de Nouakchott était quasiment pleine. Quatre heures durant, les messieurs et dames en toges se sont succédé pour leurs plaidoiries. Au terme de cette démonstration d’éloquence et la manifestation d’une ferme volonté de défendre les droits de l’homme, le jury présidé par Me Cheikh Ould Baha a délibéré.

Contre la torture…
Le premier à s’illustrer est l’avocat français Me Julin MARTIN. Il a axé sa plaidoirie sur les traitements dégradants que subissent « les détenus de la plus haute importance » des Etats Unis d’Amérique. Il y expose le cas du saoudien d’origine yéménite Abd Rahim Al Nashiri suspecté de plusieurs attentats. Il sera détenu dans des prisons secrètes de la Central Intelligence Agency – CIA (renseignements américains) et torturé à maintes reprises. La plaidoirie de l’avocat est un plaidoyer contre la torture, une barbarie qui perdurent malgré l’engagement des états à y mettre fin.

Plaidoirie de Me Julien MARTIN

Droit à l’objection de conscience

Dernier à faire sa plaidoirie cet après midi du mercredi 6 décembre 2017, Me Garandi LEGA IBRAHIM est arrivé deuxième au classement final. « Le droit à l’objection de conscience » est l’objet de sa plaidoirie pour la libération de trois érythréens qui croupissent prison pour avoir refusé d’accomplir le service militaire au nom de leurs convictions religieuses. Paulos Eyassu, Negede Teklemariam et Isaac Mogos séjourne dans une des prisons les plus âpres de la dictature nichée sur la corne de l’Afrique. L’avocat tchadien a invoqué l’article 8 de la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples, pour implorer la clémence des jurés en faveur de ses clients.

Article 8 – Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples
La liberté de conscience, la profession et la pratique libre de la religion, sont garanties. Sous réserve de l’ordre public, nul ne peut être l’objet de mesures de contrainte visant à restreindre la manifestation de ces libertés. NB : La Mauritanie a adopté la charte mais émis une réserve sur l’article 8 !

Peine capitale

« La problématique de la peine de mort au Tchad : le cas de Boko Haram », est l’intitulé de la plaidoirie de Me Mog-Nan Kembetiade. Elle occupe la troisième place du podium de l’édition 2017 du concours. Tchadien également, Me Kembetiade s’attaque à la peine de mort qui n’a pas de réels impacts sur la baisse de la criminalité, selon Me Kembetiade. La peine de mort a d’ailleurs suscité débats dernièrement en Mauritanie.

En Mauritanie, le conseil des ministres a approuvé jeudi 16 novembre 2017, un projet de loi modifiant l’article 306 du code pénal. Objectif, condamner systématiquement à mort les coupables d’apostasie sans possibilité de repentir.

Outre le fait de réunir du monde autour de la question des droits de l’homme, l’objectif du concours international de plaidoiries est de vulgariser le métier d’avocats et des magistrats. Ils ont un rôle fondamental dans la protection et promotion des droits de l’homme. C’est dans ce sens que l’ambassadeur de France en Mauritanie Joel Meyer a déclaré ceci devant l’assistance : « Critiqué par les pouvoirs publics pour son indépendance, décrié par le client pour qui il n’a pu gagner le procès, encore parfois incompris par les citoyens lorsqu’il doit défendre ce qu’on peut penser être l’indéfendable, l’Avocat exerce une profession finalement mal connue ».

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Rappelons enfin que le concours est conjointement organisé par l’Ordre National des Avocats de Mauritanie, l’Institut International des Droits de l’Homme et de la Paix et l’ambassade de France en Mauritanie. Il est également soutenu parle ministère de la justice, l’union européenne et la Banque Islamique de Mauritanie. Rendez-vous est pris pour l’année prochaine !

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