Il y a quelques jours de cela, la découverte d’une fosse commune dans le nord du pays a fait le tour des médias. Jusqu’ici, aucune réaction officielle des autorités n’a été enregistrée. C’est d’ailleurs ce que dénonce l’Association Mauritanienne des Droits de l’Homme (AMDH), à travers un communiqué dont LeReflet.NET a reçu copie en début de soirée de ce mercredi 4 avril 2018. L’AMDH s’indigne et réclame une enquête.

D’emblée, l’organisation dirigée par Me Fatimata Mbaye a accusé le gouvernement mauritanien de cacher à l’opinion la « découverte macabre ». L’AMDH estime « selon toute vraisemblance, les dépouilles découvertes seraient celles de soldats Négro-Mauritaniens victimes d’exactions » du régime d’Ould Taya à l’occasion du trentième anniversaire de l’indépendance nationale.

En outre,  l’organisation qui milite pour les droits de l’homme recommande au gouvernement de diligenter une enquête pour faire la lumière et rechercher les ayants droits. Par la même, l’AMDH réclame que la commission nationale chargée d’investigations sur les sépultures soit enfin mise en œuvre. Ce, afin de localiser « les nombreux charniers disséminés à travers le pays ».

Pour rappel, les exécutions de 1990-1991 font partie de l’histoire récente et douloureuse. Chaque année, les rescapés et familles des victimes réclament que la lumière soit faite et que justice soit rendue. Pour les organisations qui s’intéressent au passif humanitaire, « la découverte de cette fosse vient rappeler que le dossier n’est pas clos ». Trouvez ci-dessous, le texte intégral de la déclaration de l’Association Mauritanienne des Droits de l’Homme.



 Déclaration 

«Depuis quelques semaines, les autorités mauritaniennes s’évertuent à cacher à l’opinion publique nationale et internationale la découverte macabre d’une fosse commune dans une localité située aux environs de Choum (nord du pays). Selon des informations publiées le 26 mars dernier, les autorités ont été alertées par un orpailleur de la découverte d’une fosse commune ensevelissant 15 squelettes, dont neufs portaient les stigmates d’une exécution sommaire caractérisée. Les malheureuses victimes avaient, pour certaines, les mains et les pieds ligotés. D’autres avaient été visiblement liquidées par une balle dans le crâne.

 Jusqu’ici, les autorités mauritaniennes n’ont fait aucune communication au sujet de cette information, pourtant, accablante. Nonobstant, la Gendarmerie nationale s’est rendue sur les lieux et aurait entamé des investigations. Des sources dignes de foi affirment que des actes d’autopsie auraient même été diligentés auprès de légistes pour identifier les victimes. On parle même d’ossements envoyés à l’étranger pour des prélèvements ADN à cette fin.

Selon toute vraisemblance, les dépouilles découvertes seraient celles de soldats Négro-Mauritaniens victimes d’exactions, de purges et d’exécutions extrajudiciaires, menées contre eux, dans le cadre d’un plan de purification ethnique ordonné par le régime dictatorial de Maouiya ould Sid’Ahmed Taya, entre octobre 1990 et mars 1991.

La découverte de ce charnier est l’occasion pour tous les mauritaniens et la société civile mauritanienne attachés aux valeurs humaine, de paix, de justice et attachés à la cohésion sociale d’exiger que lumière soit faite sur cette affaire.

En effet, des militaires et des civils noirs victimes des exactions des années douloureuses de 1989-1993 avaient subi, partout en Mauritanie, une atroce campagne de purification ethnique ayant touché essentiellement, dans le Nord du pays des fils de la Mauritanie :  militaires, instituteurs et cadres de la Société Nationale des Mines et de l’Industrie (SNIM). Ce charnier est autant un indice suffisant pour que l’Etat mauritanien sorte de sa torpeur et se saisisse sérieusement de cette affaire. C’est aussi l’occasion de mettre à l’épreuve la volonté maintes fois exprimée par le Président Mohamed ould Abdel Aziz de rendre justice aux malheureuses victimes de ces purges et à leurs ayant-droits.

L’AMDH

  • Recommande au gouvernement de diligenter une enquête neutre, indépendante et transparente afin d’éclairer et informer l’opinion publique nationale sur des tenants et aboutissants de cette découverte et en rechercher les ayants droits ;
  • Réclame que la Commission nationale chargée d’investigations sur les sépultures, annoncée depuis plusieurs années, se mette enfin à l’œuvre pour localiser les nombreux charniers disséminés à travers le pays et mener le travail d’identification des victimes.
  • Appelle toutes les associations de défense de droits humains nationales et internationales à se joindre aux ayants-droits à identifier et aux organisations signataires pour exiger la vérité et la justice autour de cette question.

Nouakchott, le 02 avril 2018 »