Trois mois de prison avec sursis, c’est le verdict du procès des cinq militants des Droits de l’Homme rendu ce jeudi 21 décembre 2017 au palais de justice de Nouakchott. La peine est assortie d’une amende de cinq mille ouguiyas, chacun. Les cinq faut-il le rappeler, avaient été poursuivis pour violence en vers des agents de la force publique, en marge de la marche de l’opposition du samedi 16 décembre 2017.

« Nous ne sommes pas satisfaits, nous allons faire appel » a déclaré Me Bah Ould M’bareck membre du pool des avocats de défense. Dia Alassane, président du mouvement Touche Pas A Ma Nationalité va dans le même sens. « Je suis content qu’ils soient libres, mais regrette qu’ils aient été condamné à tort », confie Dia Alassane à votre site LeReflet.NET après l’annonce du verdict.

Revenons sur les faits

Tout a commencé le soir du samedi 16 décembre 2017, à Nouakchott. Neuf personnes sont arrêtées, accusées d’avoir brandi l’ancien drapeau au cours de la marche de l’opposition. Gardés à vue en prison, cinq sur les neuf militants  seront conduits devant le procureur en début de semaine. Mardi, les faits qui leur sont reprochés sont requalifiés. Désormais, ils sont inculpés pour violence contre des agents de la force publique. Dans la foulée, les cinq militants sont placés sous mandat de dépôt et déposés à la prison de Dar Naim.

Ils ont attendu leur procès en cage.

Le procès

Etant donné que c’est la procédure de flagrant délit qui est appliquée, le groupe des cinq militants devait être jugé le plus tôt possible. C’est désormais chose faite, depuis ce jeudi 21 décembre 2017. Ce matin, beaucoup ont déserté leurs bureaux pour assister au procès des cinq militants des Droits de l’Homme. Tout le monde finira par entrer, à midi et demi, la salle était quasi pleine.

Il est 13 heures quand les choses sérieuses commencent. Les cinq militants (noms) sont dans le box des accusés. Ils semblent aller bien. Tour à tour, ils répondent aux questions du juge. Ce dernier leur pose les mêmes questions pour établir si oui ou non les accusés sont de connivence. On leur a par exemple demandé s’ils se connaissaient, si oui depuis quand…

Réquisitoire

Ensuite la parole a été donnée au Substitut du Procureur qui représente le parquet général. Il n’est pas allé par quatre chemins. Dans un bref réquisitoire (en moins de trois minutes), le Substitut a requis une peine de trois mois de prison ferme. Pour lui, les cinq militants sont coupables de violence à l’encore d’agents des forces de l’ordre. A la suite du procureur, quatre avocats de la défense se succèdent pour plaider en faveur de leurs clients.

Plaidoiries

« Aucun texte de notre arsenal juridique ne sanctionne l’utilisation de l’ancien drapeau » a déclaré un des avocats de la défense. Or, c’est pour avoir brandi l’ancien drapeau que ces cinq militants se retrouvent à la barre des accusés. En effet, le premier procès verbal de la police indique « qu’ils ont distribué plusieurs drapeaux et en ont brandi eux même », d’où l’arrestation le samedi 16 décembre 2017. Les faits ont donc été requalifiés dans le second. Dans ce dernier, on parle de jets de pierre contre les forces de l’ordre…

Mais les avocats de la défenses sont pas d’accord. Avec verve et une certaine dose d’ironie, un des avocats de la défense souligne « l’absence flagrante de preuves, de témoin ». D’après lui, c’est d ‘ailleurs ce qui explique le fait que le substitut du procureur requiert 3 mois de prison seulement. Dans la salle, l’assistance semble être du même avis. Il est 14h passé, le juge suspend la séance.

Séance suspendue

La salle se vide lentement, dans l’atmosphère, on sent déjà une ambiance de victoire. Dans la foule, on aperçoit quelques figures connues. Il s’agit de leaders de partis politiques, organisateurs de la marche du samedi 16 décembre 2017 à Nouakchott. Parmi eux, Kadiata Malick Diallo, Ould Khlil (Vice Présidents de l’UFP), Mohamed Mahmoud Ould Lematt (Vice Président du RFD) qui a revetu sa toge d’avocat et Yahya Ould Ahmed Waghef  (ADIL) ancien Premier Ministre, pour ne citer que ceux là.

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Dehors, ça prie, vadrouille, se déshydrate, grignote… Bien que fatigués avec des occupations mis en suspend, le gros de l’assistance est resté pour la suite du procès. Il est 15 h 03 mn, la pause est finie. On regagne la salle d’audience. Les hostilités reprennent avec une série de plaidoiries des quatre avocats de la défenses qui n’avaient pas encore plaidé. Comme leurs pairs, ils sont se sont attelés à démonter le réquisitoire du procureur.

« il est facile d’accuser mais difficile de prouver »

C’est à cette occasion que Me Ahmed Ould Ely qui parcours le second procès verbal établit par la police, s’étonne et lit « nous avons pas de témoins parce que ce n’était pas nécessaire puis qu’il n’y a pas eu de blessures ». Pour lui, ceci est une manière détourné d’avouer qu’il n’y a tout simplement pas de témoins et que le dossier est vide. Selon Me Ghali, « il est facile d’accuser mais difficile de prouver » avant d’ajouter que ce procès en est l’illustration parfaite.

Délibération

Notons par ailleurs que Me Ould Lemat (dernier avocat à plaider) a souligné que l’affaire « est hautement politique », avant d’appeler à l’acquittement des cinq militants sur le banc des accusés. Il est 16h 12mn, fin des plaidoiries. Le juge se retire pour délibérer. Pendant ce temps, on spécule sur le verdict qui sera rendu. Chacun y va de son commentaire.

Verdict

Après plus d’une heure d’attente, tout le monde est invité à prendre place dans la salle pour la délibération. Il est 17h 45mn. Mais le juge n’est tarde à venir. On constate que l’effectif des policiers présents dans la salle a doublé. L’attente devient lourd, insoutenable. Dix minutes plus tard, c’est la délivrance. Le juge annonce le verdict : 3 moins de prison avec sursis. Dans la salle, explosion de joie.

Mauritanie – Les militants après leur libération ce jeudi 21 décembre 2017

Dans la foulée, l’assistance quadrillée par police est invité à quitter la salle d’audience. Elle s’exécute dans un brouhaha qui rappelle l’ambiance des cours d’écoles. Au moment où nous mettons sous presse (21h GMT), les cinq sont libres et ont regagnés leurs domiciles respectifs. Ils auront passé deux nuit à la prison de Dar Naim.

La Mauritanie faut-il le rappeler, est secouée par une série de marches de l’opposition depuis la campagne référendaire. L’opposition conteste les résultats du référendum du 5 août 2017. De leurs côté, des organisations de Droits de l’Homme tirent la sonnette de l’alarme. Ils dénoncent des privations de libertés…

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