Retrouvé sans vie lundi 17 juillet à Nouakchott, le corps en décomposition de l’ex-gendarme Samba Mamadou Kamara a peiné à trouver un transporteur vers le cimetière. Les autorités mauritaniennes affichent-ils, leur incapacité à gérer le transfert des corps décomposés vers les cimetières, lors que la situation se présente? 

Les faits se sont déroulés lundi 17 juillet 2017, à Soukouk, quartier périphérique de Nouakchott. Suite à la disparation de son gardien (de maison), un ancien administrateur civil décide de contacter le commissariat de Tevragh Zeina 2 pour signaler la disparition. Ce, après être resté plus de quinze (15) jours sans nouvelles. Il sera retrouvé le même jour.

Retour sur les faits

Alerté, le commissaire déploie des officiers de la police judiciaire vers le domicile de l’employeur, situé dans le nouveau quartier résidentiel de Soukouk, au Nord de Nouakchott. Une fois sur place, au grand vide de la maison, s’ajoute la disparition mystérieuse du gardien. Il travaillait depuis un mois chez l’administrateur, depuis le mois de ramadan.

…au fond du bassin  

Selon la version officielle donnée par les autorités, Samba Kamara, natif de Kaedi, « s’est noyé dans une réserve d’environ 10 000 litres d’eau ». La même source avance que les faits remontent au 1er juillet, selon le médecin légiste qui aurait effectué une brève autopsie du corps.  Pour sortir le corps du bassin rempli d’eau, les sapeurs pompiers ont peiné.

Vous avez dit : pompiers ?

En effet, des sources rapportent que les sapeurs-pompiers, matériellement démunis, « se sont affairés de 13 heures à 22 heures pour sortir le corps du défunt ». De plus, le commissaire de Tevragh Zeina 2 aurait payé de sa propre poche une somme de 20 000 UM, « afin de louer d’une citerne pour la vidange du bassin » affirment des sources sur place.

Fuite de responsabilités

Naturellement, le Procureur de la République et le Hakem ont été informés par la police. Ils se sont rendus « tardivement sur les lieux pour constater les faits et vider les lieux par la suite », indique t-on. Se dérobant du sinistre endroit, aucune des deux autorités ne s’est investie pour mettre à la disposition de l’indigente famille du défunt, un véhicule pour le transport de la dépouille vers le cimetière de Riyad.

Contacté pour résoudre l’équation, le Directeur Général de la Protection civile a déclaré « ne pas avoir une solution et qu’aucun véhicule dédié aux interventions, n’est habilité à transporter les corps décomposés ». La famille du défunt devra se débrouiller tout seul.

Abandon

Ainsi, le corps de l’ex-gendarme sera abandonné en plein air de 22 à heures, moment où il fut extirpé des eaux à 3 heures du matin. C’est à cette heure précise qu’un transporteur a été tiré de son sommeil dans le quartier de Dar Beida, pour pouvoir acheminer le corps de Samba Kamara dans sa dernière demeure.

Indignation

Chez les parents et amis du défunt, l’incompréhension et l’indignation se bousculent. En effet, après des longues et loyales années de service à la gendarmerie nationale, Samba Kamara, un rescapé de la guerre du Sahara est abandonné par les autorités.

Notons par ailleurs que selon des sources, le cas de Samba serait le deuxième cas (corps en décomposition) retrouvée en deux semaines. En effet, un corps sans vie avant été signalé par des touristes, près du port de Nouakchott. Après le constat de quelques éléments de la gendarmerie nationale, le corps a gisé trois jours sur place, après le signalement.

L’ire des agents de la Protection civile

D’après quelques agents de la Protection Civile, le même scénario de « quasi abandon des corps accidentés en voie de décomposition » se répète à chaque intervention. Des fois, ajoutent-ils, il arrive que  le procureur de la République autorise à ce que « l’individu soit inhumé sur son lieu de décès ».

Un sapeur pompier sous le sceau de l’anonymat va plus loin. Il estime que  « des scènes de telle violence traduisent le  traitement discriminatoire », où les autorités font la distinction en fonction des milieux sociaux.

Halte !

Nos interlocuteurs sont unanimes, si le problème de l’inhumation des corps en décomposition n’est pas résolu, on risque de vivre des drames. Car au delà du danger lié à l’hygiène publique, les proches des victimes, se sentant méprisés, peuvent en venir aux mains. Aujourd’hui plus que jamais, des mesures doivent être prises pour que de pareils cas ne se reproduisent, au nom du respect de la dignité humaine.