Il est le nouveau Président de la République Islamique de Mauritanie. Le conseil constitutionnel a confirmé ce lundi 1er juillet, l’élection de Mohamed Ould Ghazouani. Il est crédité de 52,00% des voix par le conseil dirigé par Diallo Mamadou Bathia, ex ministre de la défense. Il prêtera serment le 2 août prochain.

Le 23 juin dernier, la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI) annonçait la victoire d’Ould Ghazouani  du scrutin qui s’est déroulé la veille, avec plus de 52% des voix. L’opposition avait contesté dans la foulée et crié au hold-up électoral. La patate chaude a été transmise au Conseil Constitutionnel habilité à valider ou ces résultats.

Comme le leur permet la loi, les candidats Ould Boubacar, Ould Maouloud et Biram ont déposé des recours pour l’annulation du scrutin. Ce lundi, le Conseil clôt le débat en rejetant, les recours de l’opposition pour insuffisance des pièces justificatives avancées.

Résultats définitifs

A noter que les résultats définitifs sont légèrement différents de ceux annoncés par la CENI le 23 juin 2019. Ils sont proclamés comme suit, ce lundi midi.

  1. Mohamed Ould Ghaouani: 52%
  2. Biram Dah Abeid: 18,59%
  3. Ould Boubacar: 17,87%
  4. Kane Hamidou Baba: 8,7%
  5. Mohamed Ould Maouloud: 2,44%
  6. Mourtaji Wavi: 0,4

Taux de participation

62,63%, c’est le taux de participation à cette présidentielle disputée. Les mauritaniens se sont mobilisés en masse pour voter. Ce n’est pas chose courante. Il est opportun de rappeler que ce taux aurait pu être plus élevé n’eut été les difficultés que beaucoup d’électeurs ont eu à trouver leurs centres puis bureaux de vote.

Crise

Cette élection présidentielle a fait couler beaucoup d’encre et de salive. La Mauritanie a vécu depuis la veille des résultats provisoires, dans une atmosphère de crise postélectorale. En effet, des éléments du bataillon de sécurité présidentielle, de la gendarmerie, de l’armée, de la garde et de la police ont été déployés dans certains endroits à Nouakchott. Les communes de Sebkha et El Mina ont de nouveaux éléments dans leurs décors : les forces de défenses et de sécurités. Ils font presque partie du paysage à force de les voir.

Internet coupé

Ce déploiement spectaculaire et la coupure d’internet mobile puis de l’ADSL a été justifiée par l’ex porte parole du Gouvernement Sidi Ould Maham (la veille de sa démission), par le fait que ce serait « une question de sécurité nationale ». Si pour les autorités ceci est un mal nécessaire, l’opposition, elle, estime que « c’est de l’intimidation » et dénonce « un état de siège ». Du côté des populations, on souhaitait que les résultats définitifs tombent pour retrouver un quotidien « normal ».

Répression 

Si certains observateurs présageaient des marches de protestations, il faut dire que la tendance est toute autre. En effet, après la répression de la marche des militants du candidat Kane Hamidou Baba et la fermeture dans la foulée des sièges de campagne des 4 candidats de l’opposition, ces derniers ont appelé leurs militants au calme. Pendant ce temps, des arrestations sont annoncées, notamment celles de Samba Thiam membre de la Coalition Vivre Ensemble et le journaliste Camara Seydi Moussa.

L’opposition a d’ailleurs annulé une marche programmée jeudi dernier, parce que n’ayant obtenu une autorisation. Cette décision a été expliquée à plusieurs occasion par les candidats, arguant refuser la violence et la provocation.

Leader de l’opposition 

Bien qu’ils estiment avoir été volés par avoir été volés, certains candidats sortent tout de même gagnants. Il s’agit d’abord du candidat Biram Dah Abeid qui double son score de 2014. Il a devancé des candidats qui avaient un parcours politique et des organisations structurées avec eux. Egalement député, il conforte sa place dans le paysage politique de la Mauritanie et s’impose comme étant « l’opposant en chef ».

Le score d’Ould Boubacar

Le candidat Sidi Mohamed Ould Boubacar

Lui, c’est certainement la petite déception de cette élection selon plusieurs observateurs. Ex Premier Ministre de Maaouya Ould Sidi Ahmed Taya et soutenu par le parti Tawassoul, Sidi Mohamed Ould Boubacar n’a pas fait mieux que la 3e place. Il a été coiffé au poteau par Biram Dah Abeid. Et pourtant, il avait avec Ghazouani une plus grande visibilité en termes d’occupation des espaces (tentes et sièges de campagnes) et dans les médias.

La percée de Kane

Le candidat à la présidentielle Kane Hamidou Baba

Autre surprise, le score honorable du candidat Kane Hamidou Baba. L’ancien du RFD et Président du parti MPR  arrive 4e avec 8,7% des voix. Sous la bannière de la Coalition Vivre Ensemble, Kane a damé le pion à l’opposition historique. Il est curieux de voir que le candidat n’a pas de fait de recours bien qu’il ait dénoncé des irrégularités.

L’échec de l’opposition historique

Le candidat Mohamed Ould Maouloud

Figures emblématique de l’opposition mauritanienne, Ould Maouloud soutenu par Ahmed Ould Daddah n’ont pas fait mieux qu’une pale 5e place. Leur coalition est créditée de 2,44% des voix. Ils ont naturellement contesté ces résultats auprès du Conseil Constitutionnel, en vain. La fièvre qui atteint les partis traditionnels dans le monde, semble avoir atteint la Mauritanie.

Le dernier 

Le candidat Mohamed Lemine Mourtaji El Wavi
Le candidat Mohamed Lemine Mourtaji El Wavi

Il est parti comme il est arrivé. Lui, c’est le candidat Mourtaji Ould Wavi. Candidat autoproclamé de la jeunesse, il a récolté 0,4% des voix. Il n’a pas contesté les résultats ni déposé de recours. Silence radio.

C’est fini, le Président Aziz n’a pas eu son troisième mandat. Mais son ami le remplace au palais ocre de Nouakchott. Compagnon depuis toujours, Ould Ghazouani sera Chef de l’Etat à partir du 2 août 2019. Soit, dans un petit mois.

Par Amadou SY