Son nom est partout, son image aussi. Lui, c’est le sénateur Ould Ghadda de retour en prison depuis le 11 août 2017. Cet homme est devenu en quelques semaines, la bête noire du pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz, Président de la République. C’est d’ailleurs ce nouveau statut qui l’a propulsé au rang des ténors de l’opposition dite radicale d’une part et mais d’autre part ce sont les foudres du régime qui s’abattent sur lui.

Plus une journée ne passe, sans qu’Ould Ghadda et ses actions ne fassent couler encre et salive en Mauritanie. Depuis le 17 mars 2017, date à laquelle les sénateurs ont rejeté les réformes constitutionnelles, le sénateur est dans le viseur du pouvoir. Il est copieusement battu à chaque manifestation. Normal, diront ceux qui se souviennent de la Mauritanie sous Taya…

Cible
On a encore des souvenirs frais de lui à l’hôpital, le corps ensanglanté. Il venait de recevoir une série de coup de matraques, durant la campagne référendaire. Au fil du temps, le personnage acquiert plus de sympathie, plus de crédibilité aux yeux des observateurs et citoyens. Celui qui était un opposant de « circonstance » est un devenu un des « leaders de l’opposition », une tête d’affiche.

Théorie du complot
Comme pour les associations, tout parti politique ou individu qui a des idées qui diffèrent du discours officiel, est soupçonné d’être piloté de l’étranger ou par des groupes « malveillants » de l’intérieur. Pour le cas Ould Ghadda, il est dit à demi-mots qu’il est téléguidé par l’homme d’affaire Bouamattou exilé au Maroc. Ce dernier en froid avec le pouvoir actuel, est régulièrement indexé comme étant le chef d’orchestre.

Crimes économiques ?
Ainsi donc, le sénateur Ould Ghadda est accusé d’appartenir à un réseau de « crime transfrontalier pour déstabiliser la paix publique ». C’est ce que dit en substance le communiqué du parquet, une semaine après l’arrestation d’Ould Ghadda. Très vague, trop vague. Toujours est il que sur la base « d’enquêtes documentées » des journalistes et syndicalistes ont été convoqués par les limiers de la brigade de répression de crimes économiques, vendredi 25 août 2017 à Nouakchott.

Bouamatou, encore lui…
D’après nos informations, ils ont été interrogés sur l’origine des fonds de leurs organisations et entreprises, sur la nature de leur relation avec l’homme d’affaire Bouamattou. C’est un secret de polichinelle de dire que « Bouamatou finance beaucoup d’organisation et entreprises ». Aux dernières nouvelles, il est homme d’affaires, non ? Quoiqu’il en soit, les journalistes et syndicalistes ont été relâchés à la fin de la journée, en attendant la prochaine descente de la police…

On continue de tordre le coup à la liberté de presse et de restreindre le champ des libertés publiques.

Naturellement, ces Raffles soulèvent plusieurs questions et mettent en exergue le double discours étatique sur la liberté de la presse. En effet, les autorités chantent à qui veut l’entendre que la Mauritanie est première dans le monde arabe en matière de liberté de la presse. Ce qui est vrai selon le rapport (très subjectif) de Reporters Sans Frontières.

Pas si libre que ça

Cependant, la donne est toute autre sur le terrain. La presse privée est financièrement asphyxiée et pénalement poursuite, malgré la dépénalisation du délit de presse. Plus aucune insertion publicitaire d’une entreprise étatique n’est visible dans la presse privée et pour le volet judiciaire, le délit de presse toujours une réalité, il a juste changé de forme. En effet, des articles du code pénal sont appliqués pour jeter les journalistes au trou. Les Babacar Baye Ndiaye de Cridem ou encore Jedna Ould Deida de Mauriweb en savent quelque chose.

Même si on a une presse en perte de vitesse, et cela se reflète sur la fréquence de publication et la productivité des quelques journalistes salariés, la notion du droit à l’information est encore là. Le citoyen lambda a le droit de savoir ce qui se passe autour de lui. Nelson Mandela a dit que la presse est le miroir par lequel, nous mesurons la portée de nos actions ?

Déjà 2019?

S’il était un quasi inconnu du grand public il y a quelques mois, Ould Ghadda est aujourd’hui un personnage incontournable du paysage politique. Il a réussi à fédérer au tour de lui des opposants de tous bords. D’ailleurs, certains le voit même comme « le candidat de l’opposition en 2019 ». Prémonitoire ou spéculation… l’avenir nous le dira.

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