En Mauritanie, l’Assemblée Nationale a adopté, ce vendredi 9 juin 2017, un projet de loi « sur la pénalisation de la discrimination ».  L’article 10 du projet expose toute personne qui tiendrait un discours contraire et/ou hostile au rite malékite à des peines de prison allant d’une (1) à cinq (5) années. 

C’est au niveau du paragraphe de l’article 10 du projet de loi que la pénalisation est inscrite. Il y est indiqué que « quiconque encourage un discours incendiaire contre le rite officiel de la République Islamique de Mauritanie est puni d’un (1) an à cinq (5) ans d’emprisonnement ».

Acté

Défendant le projet de loi devant la chambre basse du parlement, le Ministre de la Justice Me Brahim Ould Daddah a estimé que cette décision « s’inscrit dans le cadre du plan d’action adopté par l’Etat pour empêcher et lutter contre la discrimination et qui comprend une série de mesures politiques, économique et sociales ».

Article 36 du code pénal 

A travers ce projet de loi, la Mauritanie compte « doubler la peine des crimes racistes et des discours haineux en les considérant comme des crimes imprescriptibles et à travers l’application de l’article 36 du code pénal », rapporte l’agence officielle d’informations.

L’adoption de cette loi, dont une partie met au ban toutes les personnes qui ne se reconnaissent pas dans le rite malékite intervient à un moment particulier. Il s’agit de la crise avec le Qatar accusé de soutenir le terrorisme et les frères musulmans. Le parti islamiste Tewassoul et les salafistes sont-ils dans le collimateur de l’Etat? Les jours et mois à venir nous en diront plus.

Ce projet de loi vient s’ajouter à d’autres actions du gouvernement, allant dans le sens de la lutte contre « la radicalisation et l’extrémisme ». L’on se rappelle qu’il y a deux ans de cela, le ministère des affaires islamiques et de l’enseignement originel avait initié des séminaires autour du rite malékite et de ses bienfaits.

Au cours d’un de ces séminairesl’érudit Cheikh Ould Zein Ould Al-Imam, membre de la Ligue des Intellectuels Religieux Mauritaniens, jugeait nécessaire de « promouvoir une culture de tolérance religieuse (à travers le rite malékite Nldr) et de combattre l’idéologie extrémiste qui a commencé à se répandre dans les sociétés du Maghreb ».

Entre la politique de sensibilisation d’alors (2015) et celle de la pénalisation d’aujourd’hui, il y a tout un monde. Les autorités semblent être résolus à mater toute doctrine opposée au rite malékite. Les premières personnes à faire les frais de cette pénalisation seront certainement les frères musulmans et les salafistes.

En Mauritanie, faut-il le rappeler, l’islam est la religion d’Etat. Le rite malékite est de loin le plus répandue dans les foyers et discours. Cependant, des voix discordantes ont commencé à émerger. Est-ce la bonne approche? L’avenir nous le dira.