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Femmes de Mauritanie : la quête perpétuelle d’une loi pour la défense de leurs droits

Ce 1er mai 2026, un collectif de femmes militantes va organiser un sit-in de protestation devant l’Assemblée nationale. Ceci fait suite à l’affaire Fati Hamadi Ba entre autres, considérant que les femmes se retrouvent dans un cercle vicieux, dans lequel la victime est presque toujours clouée au pilori.

A l’occasion de la conférence de presse organisée ce 30 avril 2026 au siège de l’Association des Femmes Cheffes de Familles (AFCF), il a été annoncé le recensement de 941 cas de viols recensés par une association durant l’année 2025. Un drame.

Il est 16h56. Les membres du collectif sont déjà en place, patientant à l’ombre d’un mur, le temps que les rayons soleil de baissent d’intensité, pour entamer la conférence de presse. Issues de toutes les communautés, elles ont parlé avec verve, d’une même voix : les femmes de Mauritanie méritent mieux, exigent d’être protégées, d’être considérées.

Il y a un air de déjà-vu. Ces femmes sont comme bloquées dans une boucle temporelle, à l’image de Bill Murray, qui a expérimenté à l’infini, la même journée dans le film Groundhog Day. Mais ici, la réalité dépasse la fiction.

En effet, 13 ans auparavant, un collectif d’organisations de la société civile avait battu le macadam dans les rues de Nouakchott, suite au viol suivi du meurtre de Penda Sogue. Il avait réclamé l’adoption d’une loi spécifique contre les violences faites aux femmes, en particulier le viol. Les années passent, les cas s’empilent tandis que le cadre juridique est resté tel quel.

L’une des intervenantes, Djieynaba N’diom a signalé qu’aux 941 cas de viols recensés, s’y ajoutent 1712 autres situations de violences à l’égard des femmes et des filles, en 2025, notant que ces données ont été collectées par deux organisations seulement.

Pour elle, le nombre de femmes qui sont fauchées et qui subissent au quotidien, est beaucoup plus élevé. Après les tentatives de 2015, 2020, 2021… pour mettre en place une loi, le statuquo règne sans partage. La loi Karama prend la poussière, depuis des années, bloquée quelque part dans le carcan législatif. Demain, 1er mai, devant le bâtiment imposant de l’hémicycle, elles appelleront à nouveau, un à vote urgent de la loi Karama.

De son côté, Noura Mint Tolba est revenue sur ce qu’elle considère comme étant le cycle de l’impunité. Pour elle, de nombreuses femmes hésitent à porter plainte ou à engager des procédures judiciaires, en particulier pour des cas de violences sexuelles, par peur d’être discréditées et de voir les faits être requalifiés en chef d’inculpation de relations sexuelles consenties, hors mariage, tombant ainsi sous le coup des dispositions liées à la Zina.

Par ailleurs Mint Tolba a évoqué un phénomène, que ses camarades et elles jugent préoccupant. Il s’agit des remises de peines, dont certaines personnes condamnées pour violences sexuelles ont bénéficié. Elle a cité comme exemple, un père de famille ayant été reconnu coupable d’abus sexuels sur ses 5 enfants et condamné à 10 ans de prison. Ce dernier a pu sortir de prison, au bout de 3 ans seulement, d’après Noura.

La Mauritanie faut-il le rappeler, a adopté la convention contre l’élimination de toutes formes de violences à l’égard des femmes et des filles. Elle stipule que les Etats signataires doivent adopter une loi spécifique contre le viol. Les démarches engagées par les organisations, les autorités, les imams et les parlementaires, n’ont pas suffit pour qu’une loi soit adoptée.

Ainsi donc 235 ans après les diatribes d’Olympe Gouges, son assertion : « La femme a le droit de monter sur l’échafaud ; elle doit avoir également celui de monter à la tribune », reste terriblement d’actualité, à de milliers de kilomètres de Montauban.

Par Amadou SY

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