Site icon LeReflet

Violences faites aux femmes en Mauritanie: Entretien avec Djeinaba Touré, Coordinatrice de Femme Vecteur Red

Nouakchott (LeReflet) – Coordinatrice de Femme Vecteur Red, une initiative qui mène des sensibilisations sur les violences faites aux femmes et aux filles, Djeinaba Touré nous a accordé un entretien. Nous avons rencontré notre invité du jour en marge d’une table ronde, le 14 décembre 2024 sur la dignité humaine à l’École des Sciences appliquées aux sciences Informatiques et de Management (ESTIM), à Nouakchott. Une rencontre d’échange avec le sociologue Abdoulaye Doro Sow, Ivan Fulbert Hueanou, alias le Baron, Diakité Wouro BA, présidente du comité des femmes de l’Association Nationale des Aveugles de Mauritanie (ANAM).

LeReflet.net : Comment est née l’initiative Femme Vecteur Red (résilience épanouissement développement) ?

DT: En fait c’est une dynamique, de femmes, d’actrices de la société civile et de citoyens rêvant de progression du droit des femmes et des filles en Mauritanie.

LeReflet.net : Selon la délégation de l’Union Européenne en Mauritanie, à travers un communiqué du 25 novembre 2024, les dernières statistiques ; dans le monde près d’une femme sur trois,  âgée de 15 ans et plus a été exposée à des violences physiques, ou sexuelles au moins une fois dans sa vie, quel commentaire faites-vous de ces chiffres ?

DT: Effrayant mais en même temps malheureusement source de motivation, pour des femmes et des filles qui en ont pris conscience et des hommes autour de la masculinité positive, pour continuer inlassablement à se battre pour ce droit.

En Mauritanie on est à l’avant-projet de loi contre les violences faites aux femmes, notre combat est de faire de l’inclusion, un dynamisme de plaidoyer, c’est pourquoi on inclut le maximum de profils de catégories sociale et économiques dans notre démarche.

LeReflet.net : Selon l’enquête démographique et de santé (EDS) 2019 /2021, visant l’analyse des données démographiques et sanitaires de la Mauritanie, 10% des femmes de 15 à 49 ans ont subi des violences depuis l’âge de 15 ans, quelle réaction face à ces données nationales ?

DT: Ce qui bloque, c’est une absence de volonté politique. Si réellement il y avait une réelle volonté, autre qu’une volonté de surface, le projet serait déjà voté. La première table ronde de ce projet « silence assourdissant » portait sur la loi Karama. C’est une façon d’interpeller directement le chef de l’Etat pour dire que s’il se décide cela se fera.

LeReflet.net : Est ce qu’il n’y a pas une méconnaissance du contenu du projet de loi Karama ?

DT: A travers l’ancien projet de loi sur cette question, des militants ont plaidé pour une traduction en langues nationales des contenus du projet de loi, mais est -ce une question de compréhension ou de mauvaise foi car des fois, les gens ne prennent pas le temps de comprendre et s’adonnent à des interprétations non fondées.

LeReflet.net : Qu’est ce bloque l’adoption de ce projet de loi selon vous ?

DT: Le patriarcat, la lâcheté, la féodalité, le confort, la misogynie, et surtout dans notre société, on a peur des mutations et des changements, on pense que c’est l’oppression et la force qui doivent primer sur le dialogue, l’inclusion, et le respect de l’autre.

LeReflet.net : Quels  sont les défis pour contrer les violences faites aux femmes et aux filles en Mauritanie ?

DT: Notre approche est dans l’inclusion, c’est pourquoi nous travaillons dans ce sens, nous tissons une toile d’araignée avec les différents acteurs pour engager un maximum de personnes. On agit à travers aussi une passerelle inter générationnelle, pour que de génération en génération, les transformations puissent se faire. Une action qui perdure dans le temps, on y travaille lentement mais surement. Il y a de plus en plus de prise de consciences de la dignité humaine de manière générale. Cela prendra le temps nécessaire puis que le découragement est banni de notre fonctionnement, c’est quelque chose qui se fera.

Propos recueillis par Awa Traoré

Quitter la version mobile