Jugez-moi ou acquittez-moi, c’est dernier acte de résistance de l’ancien sénateur Mohamed Ould Ghadda. Le détenu Ghadda a fait cette déclaration lors d’une entrevue avec Candy Ofime chercheuse pour Human Rights Watch, en charge des dossiers relatifs à la Mauritanie le samedi 21 octobre 2017 dans sa cellule de prison à Nouakchott. Arrêté et mis en détention pour « corruption » en vue de « déstabiliser la paix publique » le 11 août dernier, Ould Ghadda attend toujours que la date de son procès soit fixée.

L’ancien sénateur Ould Ghadda a l’air d’aller mieux et mentalement solide. C’est ce qui ressort de l’entrevue qu’il a eu avec Candy Ofime avocate chercheuse pour Human Rights Watch, en charge des dossiers relatifs à la Mauritanie Human Rights Watch. Au cours de l’entretien, Ould Ghadda a entre autres expliqué pourquoi il a refusé d’introduire une demande liberté provisoire. « J’ai refusé de demander au tribunal d’être placé en liberté provisoire, parce qu’alors cela serait plus facile pour eux de laisser l’affaire trainer » indique Ghadda cité par la militante des Droits Humains.

Les six premiers jours
Cet entretien a également l’occasion pour Ghadda de raconter sa mésaventure. Celui qui est devenu l’un des détenus les plus médiatisés du pays est revenu sur les six premiers jours de sa détention : « ils m’ont laissé seul dans une pièce sombre, personne ne m’adressait la parole ». L’ancien sénateur a attendu six semaines avant d’être présenté à un juge. Plusieurs semaines après, il attend toujours son procès.

Deux camps
Populaire aujourd’hui plus que jamais, ses partisans et avocats qui crient « règlement de compte » tandis que les autorités réfutent catégoriquement ces dires. Lors de l’audience qu’il a accordé à Candy Ofime le 19 octobre 2017 à Nouakchott, le ministre de la justice Brahim Ould Daddah a indiqué « que le parquet avait l’intension de prouver que les actes de Ghadda constituaient des infractions à la loi mauritanienne anti-corruption de 2016 », souligne le mini-rapport écrit par Candy Odile

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Un procès rapide
Au passage, la représentante de Human Rights Watch qui a eu à rencontrer des militants des Droits Humains, confie que ceux là pensent « que derrière cette enquête de corruption, se cachait en réalité la volonté de réduire au silence un opposant… ». Pour elle, la meilleure façon d’édifier l’opinion serait « une résolution rapide de la procédure en cours contre Ould Ghadda ». Et elle soutient l’argument du sénateur Ghadda en ces termes : « Les autorités devraient donc soit le juger de façon équitable, soit abandonner les poursuites contre lui ».

Tout a commencé quand…
Ould Ghadda faut il le rappeler, fait partie des sénateurs qui ont rejeté le projet de révision de constitution en mars dernier. C’est ce geste inédit qui a contraint le Président Mohamed Ould Abdel Aziz à activer le controversé article 38 de la constitution. Il s’en est suivie une campagne référendaire rythmé par la tournée du Président à travers et pays et la répression de l’opposition boycottiste. Moins d’une semaine après le référendum du 5 août, Ould Ghadda est cueilli par la police et est en détention depuis lors. Notons également dans de cette procédure judiciaire, une dizaine d’anciens sénateurs, 4 journalistes (et patrons de presse) et des leaders syndicaux ont été placés sous contrôle judiciaire.

Nul doute que cette affaire politico-judiciaire qui tient les mauritaniens en haleine depuis trois mois, est loin de son épilogue. En attendant son procès, l’ancien sénateur devra dans la cellule qu’il partage avec « huit autres prisonniers » selon le mini-rapport. Les jours et semaines à venir nous en diront certainement plus.

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