Nouakchott, 15 fév 2026 (LeReflet.NET) – Clap de fin. FC Nouadhibou est sacré champion de Mauritanie pour l’exercice 2024-2025 de football fémin. Le dénouement a eu lieu le 8 février 2025, à l’occasion de la 14e et dernière journée. Le club orange, à égalité de points avec l’AS Douanes (35) a torpillé (12 buts à 0) l’ASC Yelitaare pour s’adjuger le titre à la différence de but. Ces valises de buts, le public mauritanien y a eu droit, tout long de cette compétition marquée par un réel déséquilibre. C’est l’occasion pour nous, de revenir sur une saison qui a tiré la langue du début à la fin.
Championnat-marathon
C’est donc la fin d’un championnat, qui refusait de se terminer. Car oui, la compétition qui devait démarrer courant en 2024, puisque comptant pour la saison sportive 2024-2025, n’a démarré que le 11 avril 2025. Il s’en est suivi des programmations de matchs au compte-goutte, de longs moments d’arrêts (ou de coma profond) avant que l’on atteigne le bout du tunnel, le 8 février 2026. Pour un championnat de seulement 8 équipes qui jouent des matchs en aller-retour, il a fallu plus de 11 mois pour en venir à bout.
Si cette gestion peu efficiente du calendrier du championnat de football féminin a été décriée par le public sportif, il n’est pas sans rappeler les errements du département des compétitions, qui lui aussi, a cette manie de nous servir des calendriers élastiques. La finale de Coupe du Président en est une illustration éloquente. Dors et déjà, les férues du football féminin s’interroge sur la date de démarrage de la saison 2025-2026.
Pas de vestiaires, pas de banc de touche…
La saison éprouvante, a été bancale sur plusieurs aspects. L’on se souvient que les filles ont démarré leur championnat au stade de Riadh, situé dans un quartier périphérique de Nouakchott. Là-bas, les joueuses n’avaient pas accès à des vestiaires. Des scènes où on les voit se changer au bord de la pelouse avaient interpellé plus d’un. On les a également vus, dépourvues de banc de touche, assises à même le sol, sur les chaussures ou des bouteilles d’eau vides.
Que dire des filets en lambeaux, rafistolés à la va-vite, par les joueuses elles-mêmes, quelques stadiers et des bonnes volontés ? Et une fois le match démarré, elles devaient dribbler des sachets en plastique, des jujubes, et autres déchets que le vent a allégrement soufflé sur la pelouse, car l’aire de jeu n’est pas clôturée.
Règlement violé à souhait
Selon des sources qui ont consulté le règlement de la compétition, les matchs doivent durer 45 minutes. Pourtant, il nous a été donné de constater, à plusieurs reprises, que les matchs étaient écourtés. Tantôt c’est 35, tantôt c’est 40 minutes.
Toujours au chapitre du règlement, le public sportif a été scandalisé de voir qu’une équipe a changé de nom, de maillot et de couleurs en cours de compétition. En effet, Arafat est devenu ASC SNIM afin de permettre à ce dernier de valider sa licence CAF et participe au tour préliminaire de la Coupe de la Confédération. C’est du jamais vu. Les textes ont été allégrement piétinés et c’est passé contre lettre à la poste.
Sénior ou royal rumble ?
En outre, un fait a souvent attiré l’attention de ceux qui ont suivi le championnat. Il est censé être une compétition de niveau SENIOR, mais l’on constate que certaines équipes alignent des petites filles. Dès lors, les scores de rugby étaient de rigueur, lors que les 4 « vraies » équipes séniors affrontaient les autres. La différence se ressentait sur la qualité.
A titre d’exemple, trois clubs ont pris au moins 57, 54, et 44 en seulement 14 journées. Sur la toile, on parle de punching-ball et dénonce l’iniquité. Ces filles ont souvent flotté allègrement dans leurs maillots, avec des chaussettes qui débordent et des chaussures taillées pour les grandes sœurs. La prochaine édition gagnerait certainement à procéder à un rééquilibrage.
Oui, mais…
Que dire de l’arbitrage ? On a souvent été témoin de scènes cocasses. Le département de l’arbitrage, a pu également constater, logiquement, que certaines arbitres désignées, malgré toute la motivation du monde, peinaient à placer un pied devant l’autre. Elles étaient hors de forme. Les coups de sifflets étaient intempestifs… Les hors-jeu imaginaires étaient légion. Souvent, les mêmes arbitres enchainaient des matchs, entre autres griefs.
Elles méritent plus d’attention
Malgré tout, on a pu assister à des séquences intéressantes. Des joueuses se sont révélées et des techniciens, ont pu s’affirmer. On gagnerait surement à leur offrir un cadre adéquat, pour le potentiel soit exploité pleinement. Surtout, qu’au mois de mai 2025, la Mauritanie hôte de la Coupe de l’UFOA, a enregistré sa première victoire, depuis la création de l’équipe nationale féminine.
Evaluer, corriger, avancer
Dans le football mauritanien, toutes catégories confondues, les saisons se suivent et se ressemblent. On retrouve les mêmes couacs, les mêmes erreurs ou les mêmes problèmes chroniques. Pour avancer, le football féminin a besoin d’une évaluation sincère de sa situation et une révision de l’attelage. Se départir des conflits d’intérêts au niveau de l’organisation des compétitions et plus largement de la gouvernance, serait déjà un grand pas.
La Mauritanie, faut-il le rappeler, fait partie des pays que la FIFA prend souvent en exemple, pour la promotion du Football féminin. Malgré les millions de subventions et une communication omniprésente, les résultats peinent à se refléter sur le terrain.
Des joueuses ne doivent plus arriver au stade, transportées à bord d’un mini-bus en lambeaux et plein à craquer (certaines parquées en haut du mini-bus) au mépris des conditions de sécurité nécessaires et de la dignité requise. Avec quelques ajustements et surtout du SÉRIEUX les choses peuvent aller dans le bon sens.
Par Amadou SY



